Texte de

MADRE TRINIDAD DE LA SANTA MADRE IGLESIA,

du 18 octobre 1962, intitulé :

LE GRAND MOMENT DE LA CONSÉCRATION

Oh ! si j’étais prêtre !… Oint, choisi et prédestiné pour être, avec le Christ, prêtre, médiateur qui offre et qui s’offre à la Sainteté infinie, pour la gloire de cette Sainteté éternelle et pour le salut des âmes !…

Oh ! si j’étais prêtre !… C’est le rêve qui, pendant toute ma vie, a rempli totalement mon âme d’enfant de l’Église, amoureuse du Prêtre Suprême et Éternel.

Oh ! si j’avais pu connaître ce grand privilège !… Si mon âme avait pu recevoir de Dieu le don inestimable d’être prêtre… Si j’avais pu entendre ces paroles : « Tu es prêtre à jamais… ». Si l’onction sacrée avait pu répandre sur mon pauvre être son parfum si doux…

Oh !… Rêves d’une femme !… Rêves qui, élevés jusqu’à la poitrine de la Trinité, me font crier aujourd’hui, comme une hymne de désir, à cause du besoin impérieux, terrible et effroyable que j’éprouve en moi d’être glorification pour l’Infini : oh ! si j’étais prêtre !…

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Maintenant, même après tant d’années de vie spirituelle, pendant lesquelles je me suis plongée dans le mystère de la Trinité, de là, devant sa très haute contemplation, dans la vérité terrible de la Divinité, ressentant le besoin impérieux de glorifier Dieu aussi purement et parfaitement qu’elle le peut, toute mon âme crie : oh ! si j’étais prêtre et si je pouvais Te prendre entre mes mains ointes pour pouvoir T’offrir !…

Rêves d’une femme qui rêve de choses qui ne peuvent être !…

Rendre gloire à Dieu, c’est comme une hymne perpétuelle qui s’échappe de mon âme-Église. Être tout entière une glorification de l’Amour Infini, c’est le besoin le plus terrible que Dieu a mis en mon pauvre être.

Oh ! si j’étais prêtre !… Si je pouvais célébrer ma Messe !… S’il m’était donné de m’approcher de l’autel de Dieu, et d’entrer avec mes vêtements sacrés dans le Saint des Saints du mystère divin, où l’âme amoureuse trouve toute sa joie et tout son bonheur. Autel sur lequel elle offre et elle s’offre, en se livrant au Dieu Trin dans un don total, au Saint qui, en tant que victime d’expiation non sanglante, rend à Dieu tout honneur et toute gloire !…

Si j’étais prêtre et si je prenais entre mes mains la blanche hostie que j’aurais à consacrer pour la gloire de Dieu et de toutes les âmes, tout mon être se remettrait entre les mains du Prêtre Éternel, pour qu’Il m’utilise selon sa volonté ; et je me donnerais en retour au Don divin, livrée comme don inconditionnel, comme victime qui a besoin d’être mangée pour la gloire éternelle de la Trinité et le bien de tous les hommes.

Oh ! moment de l’offertoire où je ferais à l’Amour divin des déclarations d’amour, en étant réponse amoureuse à son Don, à ce Don que Dieu, à travers moi, voudrait communiquer à toutes mes âmes !…

Si j’étais prêtre et si je pouvais offrir au Père mon hostie et le calice du salut !… Ce serait le moment où je me donnerais à l’Amour Infini, et aussi le moment où je serais reçue par le Prêtre Éternel : «Reçois, ô Père Saint, cette hostie immaculée » et ce calice, et, avec ce calice, reçois tout mon être en réponse d’amour à ton Don.

Si j’étais prêtre et si je pouvais dire à l’Amour : reçois, ô Père, ton prêtre avec ton Prêtre Suprême et Éternel pour que, tous deux ne faisant qu’un en ta présence, élèvent de ton autel des parfums d’encens et des holocaustes agréés qui soient, devant Toi, une louange à ta gloire et pour ta gloire !…

Oh ! si j’étais prêtre !… Quelles déclarations d’amour à mon Hostie, en réponse à la dilection de l’Éternel !… Toute ma vie serait une préparation à ma Messe et, par elle, une action de grâce.

Comme mon âme vibrerait en s’approchant de ce Grand Moment de la Consécration !… le grand moment de ma vie !… Oui, ce serait là le grand moment de ma vie sacerdotale ; le Moment de la Consécration, celui où l’être créature se sent élevé à la dignité de prêtre, où il expérimente qu’il est l’élu, l’oint, le confident, et celui qui a entre ses mains consacrées, par vocation divine, le pouvoir de rendre à Dieu la plus grande gloire que l’on puisse Lui rendre au Ciel et sur la terre.

Où sont les Anges, pour donner à Dieu la gloire que Lui donne le prêtre du Christ ? Où y a-t-il une créature créée qui soit élevée à la dignité redoutable de faire descendre des Cieux le Dieu vivant ? Quand a-t-on vu toute la cour céleste prosternée, face contre terre, dans une attente surprenante, adorant ce moment terrible au cours duquel toi, prêtre, tu prononces sur ce petit morceau de pain les paroles de consécration et de vie qui font que le Dieu intangible Lui-même empressé, à tes ordres, court s’introduire dans cette blanche hostie pour être offert par toi devant l’immensité de la Majesté divine ?

Ô homme, toi si petit et imparfait, plein de misères et même de péchés, quand as-tu pu rêver d’être celui qui maintient le Ciel tout entier dans l’attente de ce moment, ce grand moment ! où le sein du Père s’ouvrira pour te donner son Verbe, Verbe que tu auras entre tes mains pour Le traiter comme il te plaira ? Petit homme, ne meurs-tu pas de frayeur devant ton grand moment ? T’es-tu quelquefois rendu compte de cette réalité de la consécration ?

Ah ! prêtre du Christ, père de mon âme et mon enfant !… Si j’étais prêtre et si je pouvais avoir le Verbe de la Vie entre mes mains consacrées, et si je pouvais Lui dire toutes mes déclarations d’amour, me donnant en retour à son Don infini par mon don !… Si j’avais pu connaître cette grande dignité de pouvoir amener le Dieu du Ciel, de faire que, à ma voix impérieuse, toute la cour céleste contemple la Majesté infinie descendant vers moi !…

Oh ! prêtre du Christ, si mon pauvre être avait pu se voir quelquefois avec cette blanche hostie entre ses mains, et s’il avait pu prononcer sur elle les paroles que le Christ Lui-même a prononcées au soir de la Cène, et faire descendre la Sainteté Infinie à mon appel, pour être offerte par moi au Père, comme hymne suprême de louange infinie à sa gloire !… Si j’avais pu être aussi Christ que toi, il m’aurait suffi de prononcer ces paroles divines pour faire qu’un petit morceau de pain devienne le Verbe de la Vie !…

Pourquoi toi ? Pour quelle raison, au son de ta voix, tous les Cieux se prosternent et Dieu Lui-même obéit à ton commandement ? Qui donc es-tu et à quelle dignité le Très-Haut t’a-t-Il élevé, pour que, de plein droit, tu puisses dire : «Ceci est mon Corps » ? Paroles qui ont été mises par Dieu dans ta bouche afin que tu puisses ainsi faire jaillir de la poitrine divine de la Trinité la deuxième Personne et L’amener sur la terre. Quand as-tu pensé pouvoir faire un miracle tel que le pain et le vin deviennent, au son de ta voix d’homme pécheur, le Corps et le Sang du Verbe Incarné ?

Oh !… si j’avais été prêtre, peut-être n’aurais-je pu célébrer qu’une seule Messe. Peut-être, mon âme toute petite et imparfaite, n’aurait-elle pu rien faire d’autre, puisque tout mon être se serait donné en retour à l’Infini en réponse amoureuse à son Don. Et, devant ce Don transcendant à ton âme de prêtre, quelle réponse peux-tu donner sinon ta vie même en oblation et en destruction totale de ton « je » ?

Si j’avais été prêtre, peut-être n’y aurait-il eu pour moi qu’un seul Grand Moment ; parce que, passé ce moment, mon âme aurait franchi les limites de l’Éternité. Je ne sais pas si j’avais pu donner moins que la destruction de mon être qui, en réponse amoureuse, avait besoin de répondre à l’Infini.

Si j’avais été prêtre et si j’avais tenu l’Hostie Immaculée entre mes mains et si j’avais pu L’élever pour La montrer à mes frères, oh ! quelles déclarations d’amour !… quelle réponse !… Toute mon âme, un baiser donné à l’Infini devant son abaissement vers moi ! Prosternée et anéantie, comme elle se serait donnée, en retour à ce Don formidable qui m’était offert inconditionnellement !…

Ma vie de prêtre tout entière serait une offrande comme victime à la Victime immaculée qui, pour s’offrir au Père, se remettrait entre mes mains, et, à ce moment-là, le sublime moment de ma vie ! dans ma petitesse et face au grand mystère qui se réaliserait à travers moi, je serais une déclaration d’amour, un don de moi, une adoration incessante en réponse à son Don.

Oh ! prêtre !… Profite de ton Hostie, chéris-La, aime-La. Ne gâche pas ce sublime Moment de la Consécration. Donne-toi à l’Infini sans crainte ; remets-toi entre ses mains pour qu’Il t’utilise selon sa volonté ; sois tout entier un « oui » à l’Amour éternel qui se livre à toi si inconditionnellement. C’est le grand moment de ta vie, peut-être le dernier… Sais-tu si demain, de nouveau, tu consacreras ton Hostie ? C’est le grand moment où tu réponds à l’Amour par ton don !

Prêtre du Christ, en cet instant sublime de la Consécration, attention ! ranime ta foi ! ravive ton espérance ! affirme ton amour ! contemple dans un grand silence et dans une profonde adoration… car dans un instant va s’ouvrir le sein de la Trinité Immuable qui, en une activité infinie, s’est trois Personnes divines. Et en ce même instant, avec une indicible délicatesse de Virginité éternelle, le Père donne le jour à l’Oriens Éternel […]

Silence !… Silence !… Silence !… Car le Père engendre sa Parole Divine pour te la donner, prêtre du Christ !…

Silence !… Contemple comment, en cet instant, le sein du Père s’ouvre en un acte d’engendrer éternel d’amour infini, et comment, en ce même instant sublime de virginité intangible et de sainteté éternelle, le Père engendre son Verbe pour toi !… pour toi !… C’est la réponse du Père à ta parole de prêtre, oint pour être, devant Lui, médiateur entre le Ciel et la terre.

Oh ! paroles terribles que celles du prêtre !… Prêtre du Christ, au moment où tu prononces les paroles de la consécration, le sein du Père s’ouvre en engendrant son Verbe pour toi et Il te Le donne dans l’amour de l’Esprit Saint. Toute la Trinité se penche vers toi, et à ta parole, le Père répond par sa Parole infinie à ton appel, et comme don, Il te livre son Verbe, dans l’amour éternel de l’Esprit Saint ! […]

Silence !… Adoration !…

Les trois Personnes divines sont penchées sur toi !…

Oh ! […] le Moment formidable de la Consécration !… cet instant-instant de respect indicible… de majesté souveraine… d’adoration profonde… où toute la Trinité est penchée sur le prêtre tout petit pour lui donner son Don.

Le Père lui donne son Verbe. L’Esprit Saint Le lui donne en union avec le Père, comme don d’amour. Le Verbe, empressé et heureux, se fait Pain…

Oh ! prêtre du Nouveau Testament !… Toute la Trinité infinie accourt à ta parole et se penche vers toi avec bienveillance pour se donner à toi. Mais toute la Trinité, dans une attitude amoureuse, te demande ta réponse en ce grand moment de son Don ! […]

Je vois la Trinité dans sa majesté souveraine penchée sur le prêtre, et je vois celui-ci tellement petit devant la majesté immense de la terribilité de Dieu !… En le voyant si plein d’inconscience, j’éprouve de la compassion pour lui et je sens le besoin de l’aider.

Ah ! prêtre du Christ, tout petit devant le grand mystère de la Trinité !…

Ah ! prêtre du Christ, dans quel état je te vois !… Mais comme tu es petit devant ce grand mystère de la Sainte Messe !…

Ah, prêtre du Christ !… Mon pauvre petit ! Comme tu es petit devant la terrible terribilité de la Trinité, malgré ta très haute dignité !…

Oh !… Pauvre petit prêtre, mon enfant et père de mon âme !… Mais comme tu es petit devant la terribilité terrible du s’être de l’Être, qui se donne à toi en Don et qui te demande ta réponse !…

Mon pauvre petit !… Dans quel état je te vois devant la contemplation de l’Intangible, qui, dans la splendeur de sa majesté éternelle, du haut des cieux, attend ta parole pour s’abaisser, dans le plus surprenant miracle que l’esprit de l’homme puisse entrevoir !…

Je te vois tellement petit… et t’écriant d’une voix puissante avec la force que l’onction sacrée a donnée à ta parole, capable d’ouvrir le Saint des Saints de la Trinité, écartant le voile du Temple pour Lui demander de prononcer sa Parole pour toi, faisant que se réalise, par ta parole, comme un nouveau mystère de l’Incarnation !…

Qu’es-tu toi, petit homme ?… Oh ! prêtre du Christ !… Oh !… Oh ! mon enfant ! Mon pauvre petit !…

Je pleure, anéantie de respect, d’amour et de frayeur face à cette réalité terrible que contemple mon âme.

Oh ! si j’étais prêtre !… Je mourrais à l’instant !… Je ne sais même pas si, après avoir vu cela, je pourrai continuer de vivre.

Ah ! prêtre du Christ, pauvre petit !… Réponds à l’Amour comme tu le peux !…

Oh ! prêtre du Christ ! réponds ! réponds à la Trinité qui se donne à toi en Don, comme tu en es capable, comme tu le peux !

Comme tu es petit devant la terrible terribilité du Moment de la Consécration !… […]

Oh ! le Saint-Père !… Bien qu’il soit le Saint-Père, Jean XXIII, oh ! comme il est petit devant le Moment terrible de la Consécration !…

Oh ! mon fils ! réponds !… réponds !… Réponds à la Trinité qui se donne à toi en Don, comme tu le peux ! Adore, aime, prosterne-toi face contre terre… […]

L’adorable Trinité, penchée sur le prêtre du Nouveau Testament au Moment de la Consécration !… Et c’est terrible !… c’est terrible !…

Je vais mourir d’amour et de douleur… Mon âme peut seulement pleurer en silence.

Merci, Amour !… merci, Amour !… merci, Amour, parce que Tu ne m’as pas faite prêtre !…

Maintenant je comprends pourquoi Tu ne m’as pas faite prêtre ! Maintenant je comprends !…

Je n’ai pas la grâce pour être prêtre. C’est pourquoi je me sens mourir devant la terribilité du Grand Moment de la Consécration.

Oh !… Merci, Amour, merci !… Merci, parce que Tu ne m’as pas faite prêtre ! Comme je comprends bien Saint François d’Assise !…

Le Dieu redoutable de majesté souveraine, qui se penche… qui se penche !…

Toute la majesté infinie de l’Être, penchée sur le prêtre !… Pas prosternée, non ! penchée… Pas en adoration, non ! se répandant sur lui…

Toute la Trinité, prêtre du Christ, tout petit, attendant ta grande parole pour venir à toi !…

Toute la Trinité attendant que tu prononces ta parole pour se répandre sur toi dans le Verbe. Le Verbe de la Vie attendant de se faire Pain !…

Toute la Trinité, à ta demande, empressée, obéit !…

Oh ! prêtre, prêtre !… Dieu, qu’a-t’Il fait de toi lorsqu’Il t’a oint prêtre ?… Je sais bien que tu n’y as pas beaucoup pensé le jour de ton ordination.

Mais maintenant je te dis : regarde, tu es prêtre du Christ !… Mon enfant, sois tout petit. Pour l’amour de Dieu ! sois tout petit afin que voyant ta petitesse, l’Amour Infini soit satisfait.

Je te vois tellement petit… tellement rien !… et tu es si sublime lorsque tu révères la Trinité !…

Réponds comme tu le peux, jette-toi à terre, adore, pleure, meurs, si tu ne sais comment répondre !

Qu’il est terrible d’être prêtre !… Pauvre petit !…

Mon enfant, réponds en étant tout petit. Jette-toi dans les bras de la Sainteté infinie, adore-La. Pose un baiser en ce point où divinement Il engendre et qui tous les matins s’ouvre pour toi dans la consécration.

 Prêtre du Christ, tu es celui qui est appelé par vocation divine à entrer dans ce Saint des Saints de la Trinité. C’est toi qui dois pénétrer au sein de la Trinité et embrasser cet instant-instant privilégié où le Père engendre son Verbe pour toi, donnant un baiser avec l’Esprit Saint au Verbe qui, empressé, jaillit par ta parole.

Allez ! prêtre du Christ ; devant la terribilité terrible de ce grand mystère, jette-toi dans les bras de Dieu ton Père, et, avec confiance, attends ; aie confiance en l’amour infini que la Trinité a pour toi.

Dieu ne t’as pas fait prêtre pour te condamner, non ; mais pour que tu Le glorifies et pour, à travers toi, sauver les âmes.

Tu as entre tes mains le Dieu terrible de majesté souveraine, et tu as entre tes mains le salut du genre humain.

Regarde, écoute ce que je te dis : si, à ta voix, le Père ouvre son sein et te donne son Verbe dans l’amour de l’Esprit Saint, et si les trois Personnes divines, ensemble, se livrent inconditionnellement à toi, comment quoi que tu Lui demandes ne te serait-il pas accordé ?

Si tu exerces ton sacerdoce en te faisant tout petit, et si Dieu Lui-même se donne à toi ainsi, y a-t’-il quelque chose de supérieur à Lui-même qui ne puisse t’être donné ?

Si tu n’obtiens pas de Dieu tout ce que tu Lui demandes, c’est peut-être parce que tu ne le Lui demandes pas, ou parce que ta parole n’est pas aussi efficace que celle de la consécration. Si ta prière n’est pas écoutée, ce n’est pas parce que Dieu ne répond pas à ta parole, mais parce que ta parole n’est pas selon Dieu.

Je sais bien que la parole de la consécration est différente de ta parole. À celle-là, Dieu Lui-même obéit. Mais si Dieu a voulu donner cette efficacité à ta parole de consécration, si tu es selon sa volonté, ta prière ne pourrait-elle pas être plus efficace et ta demande plus assurée ?… Ne vois-tu pas que lorsque tu dis « Ceci est mon Corps », « Ceci est mon Sang », toute la Trinité se donne à toi ? Pourquoi ne deviens-tu pas tellement Jésus, que chaque fois que tu commanderas, le Ciel ne pourra qu’obéir ?

S’il en était ainsi, toi qui lis ceci, prêtre du Christ, toi seul ne serais-tu pas avec le Christ le salut du genre humain ? Si en vérité tu peux dire : « Ceci est mon Corps », « Ceci est mon Sang », qu’y a-t-il que tu ne puisses dire, prêtre du Christ ?

Oh ! maintenant je comprends pourquoi je ne peux pas être prêtre ! Peut-être que si j’avais été prêtre, au moment de la Consécration, en recevant la lumière que j’ai eue aujourd’hui, je serais morte. C’est pourquoi, peut-être, Dieu ne m’a pas faite prêtre.

Après avoir connu le grand mystère de la consécration, je découvre en moi une terrible impossibilité d’être prêtre. C’est pourquoi désormais je ne peux plus te dire : si j’étais prêtre !… Parce que je vois que, à partir d’aujourd’hui, il y a en moi une impossibilité d’être prêtre, causée par la connaissance terrible de la dignité du prêtre. Mais à toi, prêtre du Christ, enfant de mon âme-Église, avec Marie Immaculée, la Mère des prêtres, je te dis : « vis ton sacerdoce, agit dans ton Grand Moment et rends grâce pour ce privilège inexprimable, inexplicable, incompréhensible et inimaginable du sacerdoce.

Prêtre du Christ, je te vois tellement petit devant la Trinité !… Et je te vénère, et je te demande de L’implorer pour moi. La connaissance que j’ai eue aujourd’hui a été si forte, que désormais dans ma prière de toute petite enfant de l’Église je mettrai toujours en avant ton âme de prêtre pour que le Père me donne la Parole Divine. Tu es, mon petit prêtre, celui qui doit me donner le Verbe de la Vie.

Oh ! prêtre, prêtre !… essaye d’être tout petit pour te présenter devant le Père, saisi, soutenu et ne faisant qu’un avec le Prêtre Éternel. Et ainsi, confiant, prononce ta parole de consécration et réponds à Dieu qui devient Don pour ton âme à cet instant ; réponds inconditionnellement, donne-toi sans réserve. Allez ! en silence, adore, dis-Lui oui et toi aussi donne-toi à Lui comme hostie avec ton Hostie, pour que se réalise en toi comme une transsubstantiation, et que tu sois le Christ pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

Prêtre… Médiateur… Tu es au Grand Moment de ta vie ! Tu es entre le Ciel et la terre tandis que tu réalises la transsubstantiation de ton hostie ! Exerce ton sacerdoce !… Sois un pont propice entre Dieu et les hommes ! Et que ta prière soit si agréable à Dieu, si agréée par Lui, qu’il n’y ait pour toi ni grâce, ni don, ni désir qui ne puisse s’accomplir.

Sois, par ton sacerdoce, celui qui saisit l’Amour divin et celui qui se présente à Lui au nom de tous ses frères pour que, par ton intermédiaire, ils reçoivent tous le salut que par toi Dieu veut communiquer, à travers ce Grand Moment, à tous les hommes.

Prêtre du Christ, comme je te l’ai dit, regarde : à ta parole le Sein du Père s’ouvre, surprenant aussi tous les Bienheureux, et Dieu se fait Pain. Et toi, que dis-tu ? Que réponds-tu à ce don que l’Amour fait à ton commandement ? Toi, que rends-tu en retour au Don infini qui est Dieu devant toi ? Comment peux-tu répondre comme il convient à ce don qui t’est donné de manière tellement inconditionnelle ? Quel est ton don devant le Don de Dieu fait Homme, de Dieu fait Pain par ta parole ? Quelle parole es-tu pour Lui ? Que Lui dis-tu ? Comment te donnes-tu ?

Oh ! prêtre du Christ, si j’avais pu être prêtre et si j’avais pu vivre, n’importe quand, ce Grand Moment que tu vis maintenant !… Je sais déjà qu’il n’y a pas de don qui s’accorde à un tel don ; mais regarde quelle est la réponse de la Trinité à ta parole… Comment réponds-tu à la sienne lorsque pour son Don Elle te demande le don de toute ton âme ?

Peut-être t’est-il arrivé quelquefois de rendre ce Grand Moment un peu routinier. Et, ne pleures-tu pas toute ta vie ? Tu crois que c’est un moment de plus, désormais passé ? Tu ne sais pas que tous les moments de ta Messe, et en particulier celui de la consécration, sont ceux qui se présenteront devant toi au jour du Jugement ?

Je sais déjà que si j’avais été prêtre j’aurais peut-être fait comme toi, ou pire encore. Mais peut-être parce que je n’ai pas eu cette grande chance, et que je n’ai pas reçu cette immense grâce, j’apprécie encore plus ce don du sacerdoce que l’Amour a si gratuitement donné à ton âme.

Mais regarde, même si tu te vois tout petit et que tu as peur, même si tu ne sais pas ce que tu dois faire avec ton Hostie, ni comment répondre à un si grand Don, même si tu ne ressens que l’envie de pleurer en entendant mon chant dédié à ce Grand Moment, ne perds pas confiance, car le Royaume des Cieux appartient aux tout-petits. Jette-toi dans les bras de l’Amour, puisque, même si tu possèdes la grande dignité d’être prêtre, tu es créature et tu es tout petit.

 Alors aie confiance dans l’amour de Celui qui est Bon, qui t’a fait prêtre, non pour te condamner, mais pour te confier son secret, pour que tu sois Lui par transformation, pour que tu te jettes dans ses bras et que, devant le grand mystère de cette dilection pour ton âme et face à ton impuissance à payer de retour un si grand cadeau, tu te jettes dans ses bras comme un petit enfant se jette dans les bras de son père. Et là, tu pleureras de reconnaissance et d’amour pour la grâce incompréhensible de ton sacerdoce, et tu pourras t’approcher de l’autel de Dieu avec joie et allégresse, en t’offrant et en offrant à la Sainteté Infinie dans le Per Ipsum ; et t’appuyant sur cette même Sainteté, tu donneras à Dieu, « par Lui, avec Lui et en Lui », « tout honneur et toute gloire ».

Si tu es petit, tu ne dois pas avoir peur. Et si tu es très grand, il est urgent que tu deviennes tout petit, car si tu n’es pas conscient du grand moment de ta Messe, parce que tu es tout petit, il revient à Dieu ton Père de prendre soin de toi et de te préparer pour ce grand moment.

Mais si tu es prêtre et que tu n’es même pas tout petit, et que tu viens à l’autel de Dieu, inconscient, sans te préparer, après tant de messes, que feras-tu le jour du Jugement ?! Car les tout-petits seront jugés sur leur amour ; mais toi, c’est bien sur tes actions que tu seras jugé…

Essaye d’être tout petit, et si tu y parviens, ne te fais plus de souci, car les tout-petits ont une confiance totale en l’amour de leurs parents.

Le Grand Moment de la Consécration est passé et avec lui le grand moment de ta vie. Mais il te reste encore, dans la Messe, d’autres grands moments que tu dois mettre en œuvre.

Là aussi j’éprouve une véritable jalousie ! Tu sais bien, prêtre du Christ, mon enfant et père de mon âme, que mon unique joie consiste à rendre gloire à Dieu. Pour cela, me laisses-tu, avec toi, unie à ta Messe, dans ton Per Ipsum, rendre gloire au Père, gloire au Fils et gloire au Saint Esprit ? Car, bien que je ne puisse pas être prêtre, Dieu m’a faite vierge sacerdotale, mère-Église, et j’ai besoin, avec toutes les âmes qui sont mes enfants, de rendre à Dieu tout honneur et toute gloire, unie à toi, prêtre du Christ.

C’est le moment du cantique glorieux de la Messe, c’est le moment de rendre gloire à Dieu ; et toi, « par Lui, avec Lui et en Lui », tu Lui rends tout honneur et toute gloire.

Laisse que moi aussi, unie à toi, je rende à mon Dieu tout honneur et toute gloire. Je sais que je le fais lors de ma Messe ; mais, après avoir connu la dignité terrible de ton sacerdoce, j’ai besoin de célébrer ma Messe soutenue par toi et unie à toi. Et en me voyant si petite et avec ce besoin si terrible, si impérieux et presque si infini de rendre gloire à mes trois Personnes, j’implore ta faveur pour combler ce besoin qui anéantit mon âme.

C’est maintenant que tu peux donner à Dieu la gloire qu’Il attend de ton âme de prêtre. Comment réponds-tu ?

Il faut que toi tu te réjouisses de la gloire infinie de l’Amoureux éternel, en répondant à son Don par ton bonheur devant sa joie. Réjouis-toi qu’Il soit joyeux, réjouis-toi qu’Il soit heureux, et toute ton âme, comme dans une jubilation triomphante, s’exaltera alors avec le Prêtre Éternel, « par Lui, avec Lui et en Lui », rendant à Dieu tout honneur, louange et gloire.

C’est le moment de donner à l’Amour en retour, en Lui rendant gloire pour son immense majesté. Dis-Lui maintenant ce que, peut-être, au Moment de la Consécration, parce que c’était un moment sublime, tu n’as pas su Lui dire. Dis-Lui comment tu veux être tout entier une louange à sa gloire, une réponse à son Don.

Vis cet instant de la glorification de Dieu le plus intensément possible, en te réjouissant que Dieu soit Dieu. Sois oublieux de toi-même et réjouis-toi avec les Bienheureux dans le contentement de Dieu en Lui rendant tout honneur et toute gloire, Le remerciant d’être Celui qu’Il est. Fais un acte d’amour pur par lequel tu te réjouis que Dieu soit ce qu’Il est. Aime-Le par Lui, en Lui, sans toi, pour qu’Il soit glorifié. Ne laisse pas passer ce moment sans donner à Dieu la gloire qu’Il attendait de toi depuis toute l’éternité, et permets-moi de m’associer à toi, pour combler cet immense besoin qui m’embrase de rendre gloire à Dieu.

Et ainsi, l’âme anéantie, pleine de reconnaissance, et de jubilation, entonne le Notre Père, en te préparant pour le moment formidable de la consommation du Sacrifice.

Invoque le Père qui est aux Cieux, avec tout l’amour de ton âme, en étant tout petit ; demande le pardon de toutes tes misères et pardonne à ceux qui t’ont offensé. Et ainsi, embrasé d’amour divin, conscient de ton indignité, reçois ce Pain de Vie, car, de toute éternité, en t’aimant avec une dilection infinie, Il t’a choisi pour que tu puisses toi-même manger l’Hostie que, comme prêtre, tu consacreras.

Le Verbe de la Vie palpite d’un terrible besoin d’entrer en toi, de s’introduire en ton âme. Et toi tu es inconscient et inactif ?… Regarde : c’est le Verbe de la Vie, Celui que tu as fait jaillir du sein de la Trinité au Grand Moment de la Consécration, Celui qui attend que tu Le manges et que soit ainsi accompli le Sacrifice de l’Autel, reproduction vivante du Sacrifice sanglant de la croix !

La Messe va se terminer et Dieu aussi attend maintenant. Il attend que tu manges ton Hostie pour accomplir le Sacrifice ! Tu es, prêtre du Nouveau Testament, celui qui a commencé ce grand acte, et celui qui doit le parachever.

 Tu peux vraiment dire avec le Christ : « Tout est accompli ». « J’ai accompli l’œuvre que Tu m’avais donnée à faire ». Maintenant, Père Éternel, si Tu le veux, Tu peux me conduire à Toi « Entre tes mains je remets mon esprit ». Dispose de ton serviteur selon ta volonté. Conscient de mon indignité, anéanti et prosterné devant ton excellence infinie, j’adore et je Te demande de prendre pitié de ma misère et, appuyé sur ton sein, de me conduire vers Toi quand il Te plaira d’accueillir l’âme de ton serviteur. Avec ma Messe « tout est accompli ».

 Alors, chaque jour, lorsque tu communies, remets ton esprit entre les mains de Dieu, puisque la Victime Immaculée a été immolée par toi et que tu dois être consommé en Lui et par Lui.

Maintenant, prêtre du Christ, comment dois-tu répondre à l’Amour ? Que dois-tu dire à la Victime infinie qui se cache dans ta poitrine ? Comment doit être ta réponse à la fin du Sacrifice ?

Je me sens trop petite pour te dire ce que tu dois faire. Après tout ce que j’ai exprimé, mon âme est dans l’attente, te vénérant, en action de grâces. Et lorsque je te vénère, ma vénération est double, parce que, en toi et à travers toi, parce que tu es prêtre, je peux par toi adorer le Dieu fait Homme, le Dieu fait Pain, en ton âme.

Donne-toi inconditionnellement à l’Amour, aime-Le comme jamais tu ne L’as aimé. Que ta Messe soit chaque jour le début et la fin de ta vie. Ne rends pas routinier ce Moment sublime que l’Immense t’offre chaque jour pour sa glorification, ta sanctification et celle de toutes les âmes.

Mais, allez ! prêtre du Christ, avec ton Hostie en toi, prépare l’Hostie que tu as consacrée pour moi ; car moi aussi je veux accomplir mon sacrifice en mangeant ma Victime. Et, même si tu as envie de dire beaucoup de choses à l’Amour, pense que mon âme amoureuse attend que tu me donnes ce Pain de Vie. Moi aussi j’ai célébré avec toi ma Messe, puisque, comme je suis toute petite, je n’ai pas pu avoir la dignité d’être prêtre. Moi aussi je suis mère sacerdotale attendant, comme Marie au Cénacle, la communion des mains des Apôtres.

Toute la Messe a été pour toi une conversation d’amour. D’abord par le dévouement, ensuite par le mystère et le don de la part de Dieu et de ton âme : tu as donné à Dieu la gloire dont ton âme avait besoin, et, enfin, tu as mangé ton Hostie. Et maintenant, allez ! ne tarde pas, donne-moi la mienne, celle que tu as consacrée pour moi parce que tu es prêtre ! cette Hostie qui a été transsubstantiée pour que, par toi, je puisse moi aussi recevoir Dieu dans le Sacrement de l’Eucharistie. Allez ! ne tarde pas, donne-moi mon Hostie avec tout le soin, le respect et l’amour que Dieu exige de toi lorsque tu la distribues.

Tu vois bien que c’est toi qui commandes !… Voyons ce que tu fais avec ton Hostie et avec la mienne !… J’ai besoin de manger Dieu pour accomplir mon sacrifice, et j’attends que ta main de père et de pasteur Le dépose dans ma bouche. C’est toi qui me donnes la Vie divine dans mon Hostie, c’est toi qui me rends heureuse.

 

Oh ! prêtre du Nouveau Testament ! Si j’avais reçu la grâce d’être prêtre, comme j’aurais été heureuse aujourd’hui de célébrer ma Messe !…

Peut-être n’aurais-je pu en célébrer qu’une seule dans ma vie, en raison de la connaissance terrible que j’ai eue du Grand Mystère de la Consécration.

C’est pourquoi je te demande d’écouter ce pauvre chant que cette indigne enfant de l’Église entonne pour ton âme : réponds à l’Amour avec ton don total. Ne te contemple pas. Essaye de vivre du Christ, et d’être tout petit pour être jugé sur l’amour.

Madre Trinidad de la Santa Madre Iglesia

Extrait du livre publié de Madre Trinidad de la Santa Madre Iglesia Sánchez Moreno : Lumière dans la nuit. Le mystère de la foi donné en sagesse amoureuse.

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